Emma Becker – La Maison

Emma Becker - La Maison

Emma Becker – La Maison

À 25 ans, Emma Becker a décidé de travailler dans une maison close à Berlin, où elles sont autorisées – contrairement à la France – et considérées comme un « service public« . Elle a d’abord passé deux semaines au Manège, un bordel plutôt sordide avant de se mettre au service d’un lieu plus accueillant et chaleureux, La Maison, pendant trois années. Elle affirme « J’ai été heureuse à la maison« . On la croit en la lisant.
Emma Becker a fait des études littéraires à la Sorbonne et a lu Calaferte. Elle sait écrire et écrire bien et beau. À La Maison, elle devient Justine pour nous introduire dans ce lieu interdit et dresser une galerie de portraits tout à fait romantique. Elle met de la distance pour ne pas raconter la vie vie concrète des prostituées et l’esthétique de son écriture cache ce qui pourrait être glauque et indécent. Elle raconte le côté jouissif et positif du métier. La réalité est-elle vraiment ainsi ? Où alors, ça l’est dans certaines maisons closes allemandes, dans ce « bordel bourgeois« .

Les femmes de La Maison ne semblent pas victimes. Ce sont « des femmes qui sont vraiment des femmes, qui ne sont vraiment que ça« , qui ont choisi ce métier qu’elles exercent au mieux, avec des clients qu’elles choisissent parfois, jouant avec leur désir et simulant le leur – bien qu’elles l’éprouvent parfois réellement car « Enfin (…) on ne parle pas de robots » , ayant des gestes d’amour pour des hommes qui en manquent, qui sont seuls, qui ont une sexualité pauvre.
Emma Becker aborde par plusieurs angles la question de la sexualité simpliste des hommes qui vont au bordel « c’est facile de faire jouir un homme« , et de la sexualité des prostituées : pourquoi font-elles ce métier ? Comment être prostituée et en couple « Peu importe combien de fois on baise avec d’autres, et peu importent les raisons, lorsqu’on le fait avec celui qui compte c’est comme revenir au port« . Qu’est-ce qui leur procure de la jouissance : « Elle avait oublié le frisson qu’il y a à regarder un homme qui vous regarde et ne sait pas s’il vous aura. Qui l’espère. Qui prend son élan, tapi dans l’ombre » dit Justine à propos de Hildie qui va la nuit dans un parc, à la rencontre d’un homme qu’elle a choisi mais qu’elle ne connaît pas. Ces femmes « puissantes » sont des actrices, dit-elle « Potentiellement les plus grandes actrices. Une pute qui te donnerait l’impression de la posséder vraiment, une pute qui te ferait oublier ce qu’elle t’a coûté, c’est la quintessence de l’actrice, il n’en faut pas d’autre« 

Ce livre est intriguant et dérangeant par la démarche volontaire de l’auteure, par le respect qu’elle manifeste à l’égard des « putes » de La Maison, par la complicité qu’elle a avec elles, par la dignité qu’elle leur donne. C’est un livre sur les femmes et sur les hommes, plein d’humanité. Et c’est de la littérature, car ce qu’elle raconte est moins important que la façon dont elle le raconte, que sa belle écriture à l’esthétique fort élégante.


Emma Becker
– La Maison. – Flammarion, 2019. – 368 p.
Ean : 9782081470408 – Ean de la version numérique : 9782081470415

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